Introduction
L’avenir des maternités, en particulier de petite taille est devenu un sujet central de l’actualité de l’été entre deux vagues de chaleur. Au cœur des inquiétudes, la montée de la mortalité infantile en France en particulier par rapport à nos voisins. Un article du Canard Enchainé fuitant des conclusions de l’IGAS (datant de janvier 2026) a poussé le gouvernement à publier au cœur de l’été un rapport apportant un nouveau regard sur les petites maternités comme la nôtre.
En effet, le sujet sur l’été est devenu chaud (sans mauvais jeu de mot) suite à la publication du canard enchainé en rappelant les chiffres de la d’un rapport de l’INSEE datant d’avril 2025 sur la mortalité infantile des enfants nés vivants (décès survenus dans la première année de vie) classant la France au 23e rang sur les 27 pays européen culminant à un taux de mortalité infantile de 4.1 pour 1000 naissances.

Focus : l’IGAS
L’Inspection Générale des affaires sociale Créée en 1967, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) réalise des missions de contrôle, d’audit, d’expertise et d’évaluation au profit des ministres chargés des affaires sociales et du Premier ministre. À travers ses rapports, elle conseille les pouvoirs publics et apporte son concours à la conception et à la conduite de réformes. source
Cela a été l’occasion de titres accrocheurs l’an passé que je vous laisse apprécier pourtant passés relativement inaperçu dans le débat public à l’époque (qui rappelons le, était centré sur la fermeture des petites maternités alors pointées du doigt comme seules responsable).
Le rapport IGAS est une étude fondée sur les données de celui de l’INSEE pour analyser en profondeur les causes de cette mortalité infantile. Il a été rendu au gouvernement dès janvier 2026 mais n’a été publié qu’en août, semble t’il suite a une fuite que le canard enchainé s’apprêtait à publier. Au cœur du rapport : la fermeture des petites maternités n’est pas liée à la mortalité infantile, elle n’en est ni la cause, ni une solution.
De nouveau le rapport IGAS est l’occasion d’une grande intensité de publications sur le sujet en cet été.
Au cœur de ce battage médiatique, quels sont les éléments à retenir de la situation générale et plus particulièrement pour notre hôpital ?
Les chiffres sont à contraster.
Au plan macro :
-la France est passée d’une mortalité néonatale de 3.45/1000 en 2011 (taux le plus bas constaté depuis 1985 par l’INSEE) à 4.1/1000 et 2025 (source)
-A noter que ce taux de 4.1/1000 est comparable à 2001 et inférieur aux années précédentes toujours d’après l’INSEE.
-On est loin du passage du de 2.1/1000 à 4.1/1000 entre 2023 et 2024 ( !) comme affiché par plusieurs médias (source) qui ont probablement lu en diagonal le tableau statistique de l’INSEE pourtant très clair.
-A noter, ce taux est double (8/1000 et plus) dans les DOM/TOM qui représentent a eux seuls environ 8% des naissance et toujours d’après le rapport de l’INSEE et on note de grande disparité selon l’origine socio-économique du / des parents.
-Enfin, l’IGAS pointe que l’augmentation de ce taux est liée principalement à la mortalité néonatale (survenant de la naissance au 27e jours de vie) qui a augmenté de 0.6 points sur la période.
Concernant notre région :
-Les chiffres sont stables sur la période à l’exception de 2024 qui montre une augmentation d’un point. (source : Réseau sécurité naissance pays de loire, basé sur la mortinatalité en l’absence de données globale de mortalité infantile).
-Les Pays de Loire et la Loire Atlantique en particulier semblent figurer parmi les taux les plus bas de France : en moyenne en 2004 et 2022 -seule donnée disponible INSEE-, il est de 3/1000 pour les deux ensembles, et de 3.3/1000 en Loire Atlantique en 2024 d’après l’observatoire des territoire (OpenData). (minimum = 2.1/1000 en Corse du Sud, maximum 9.8/1000 à Mayotte, 3.8/1000 à Paris).
Qu’apporte le rapport de l’IGAS dans le débat public ?
La mortalité infantile n’est pas expliquée principalement par les fermetures de maternités ; cependant en creux, la fermeture des petites maternités n’a pas amélioré les indices contrairement à l’argumentaire motivant leur fermeture.
C’est probablement l’une des conclusions les plus importantes du rapport.
L’IGAS a analysé l’évolution de l’offre de maternités et ne trouve pas de lien direct entre les restructurations de l’offre et la remontée de la mortalité infantile depuis 2011.
La France a pourtant connu une concentration considérable de son offre :
- 1 747 maternités en 1972 ;
- développement des normes et de la gradation des maternités à partir de 1998 ;
- seuil de 300 accouchements/an ;
- concentration progressive des accouchements dans les maternités de niveaux 2 et 3.
Mais l’analyse statistique de l’IGAS montre que les départements ayant des organisations très différentes ont suivi des trajectoires relativement similaires de mortalité néonatale.
Le rapport conclut donc qu’il serait trop simpliste de considérer que « plus gros = nécessairement plus sûr ».
Il cite notamment la comparaison internationale : la Suède concentre fortement les naissances dans de très grands établissements et obtient d’excellents résultats, tandis que l’Italie conserve un nombre important de maternités, dont beaucoup de petite taille, avec également une mortalité infantile faible.
Conséquence : l’IGAS rejette l’idée qu’il suffirait de relever le seuil de 300 à 1 000 accouchements pour résoudre le problème.
Pour les maternités : ne plus raisonner uniquement avec des seuils.
L’IGAS demande une révision des règles datant de 1998.
Elle estime qu’il faut définir une véritable « politique de l’accouchement », avec :
- une implantation territoriale réfléchie ;
- des règles de fonctionnement actualisées ;
- une stratégie claire ;
- davantage d’informations accessibles aux femmes ;
- le respect, lorsque cela est médicalement possible, du choix entre accouchement physiologique et prise en charge plus médicalisée ;
- la publication d’indicateurs permettant de comparer les maternités.
Autrement dit, le rapport ne défend ni le maintien systématique des petites maternités, ni leur fermeture systématique.
Il défend une approche au cas par cas, fondée sur la sécurité sanitaire et les caractéristiques du territoire.
Renforcer fortement la néonatalogie
Le rapport considère la prise en charge des nouveau-nés nécessitant des soins spécialisés comme un enjeu majeur.
Il préconise notamment d’augmenter les capacités de néonatalogie, avec comme objectif un minimum d’un lit de réanimation néonatale pour 1 000 naissances.
En conclusion, le rapport IGAS montre une très grande hétérogénéité dans l’organisation des réseaux de maternité entre département (nombre de maternité par habitant, taille de celle-ci etc..). La question qui se pose est quel choix de maillage souhaitons nous ?
En cas de réduction de l’offre, l’impératif de devoir consulter à distance de son foyer risque de créer inévitablement des inégalités sociales.
Aucune étude ne se concentre sur cet aspect à l’heure ou des départements se retrouvent avec une seule maternité sur tout le territoire et que plus de 900’000 femmes se retrouvent a 45 minutes de la maternité la plus proche (entretient France Inter, sujet abordé à partir de 7min10s).
Un fait tragique survenu cet été 2026 en Dordogne à l’hôpital de Sarlat dont la maternité est fermée depuis 2 ans nous rappelle l’impact concret des fermetures des maternité rurales. Nous ne souhaitons pas cela pour notre région.
Notre département est fort d’un maillage territorial solide :
-Deux maternités du Centre-ville de Nantes (CHU de Nantes (niveau 3), Clinique Brétéché (niveau 1)
-Deux maternités à l’Ouest du département (Hopital de Saint Nazaire (niveau 2B) – Clinique Santé Atlantique -Saint Herblain- (niveau 2A))
-Une maternité au Nord (Hôpital de Chateaubriant (niveau 2A))
-Deux maternité à l’Est (Clinique Jules Verne -Nantes- (niveau 2A) et l’Hôpital d’Ancenis (niveau 1))
-A noter que seuls deux maternités sont encore de niveau 1 (ne prenant en charge que les grossesses sans pathologie associées, sans service de néonatalogie apte à prendre en charge la prématurité à partir de 33 semaine de grossesse) : la Clinique Breteché et l’Hôpital d’Ancenis.
Focus : Niveau des maternités
La gradation repose sur les moyens disponibles sur site et donc l’aptitude de l’établissement à prendre en charge un degré de complication. Les parturientes sont adressées aux maternités de niveau supérieur selon leur risque évalué quelque soit l’endroit où elles sont prises en charge initialement.
Les maternités de niveau 1
Grossesses et accouchements « simples », sans complications. Voie basse ou césarienne possible. Pas de service de néonatalogie et/ou de soins intensifs adulte.
Les maternités de niveau 2
Grossesses a risque de prématurité et/où pathologie de la grossesse ou maternelle justifiant d’une surveillance particulière. Présence d’une unité de néonatalogie et d’une unité de soins intensifs adulte.
Elles sont divisées en deux sous-catégories :
- Les maternités de type 2A disposent d’un service de néonatalogie (gestion de la naissance de bébés prématurés à partir de 33 semaines d’aménorrhée ou qui pèsent plus de 1,5 kg).
- Les maternités de type 2B disposent d’une unité de néonatalogie et d’une unité de soins intensifs pédiatrique (gestion de la naissance de bébés prématurés à partir de 32 semaines d’aménorrhée ou qui pèsent plus de 1 kg).
Les maternités de niveau 3
Grossesses dites à haut risque de prématurité ou pathologie sévère pour le nouveau-né.
Ces maternités disposent d’unités de néonatalogie et de réanimation néonatale.
Elles peuvent accueillir des enfants prématurés quelque soit le terme et le poids de naissance ou présentant des pathologies lourdes.
Pourquoi le débat sur la maternité d’Ancenis est-il essentiel ?
Pour le Collectif soignant : quel avenir pour le CHEL, concernant la maternité d’Ancenis :
-Fermer la maternité d’Ancenis menacerait ce maillage territorial performant malgré une conjoncture nationale dégradée.
-L’absence de recherche et de recrutement de gynécologue-obstétricien induit une instabilité de l’équipe dépendant massivement de l’intérim est un risque tout autant en termes de sécurité que pour l’avenir de la maternité. C’est cette absence qui génère des fermetures intermittentes de l’accueil des futures mères pour leur accouchement.
-Cette absence de recherche et de recrutement est motivée par la direction par l’absence de décision clair quant à l’avenir de la maternité (c’est-à-dire : le serpent qui se mord la queue).
-Si la décroissance constatée du nombre de naissance peut être imputée à la baisse globale de la natalité en France, elle s’explique aussi par l’intermittence de son ouverture : environ 2/3 des femmes de notre bassin de population accouchent dans d’autres maternités plus éloignées et en particulier à Nantes.
L’engagement du collectif du Collectif soignant : quel avenir pour le CHEL :
-Obtenir de l’ARS et de l’Hôpital support (GHT = CHU de Nantes) un engagement clair et tranché pour maintenir la maternité.
-Mettre en place des postes partagés avec le CHU d’Obstétricien pour assurer la transition avant le recrutement d’une équipe complète et pérenne.
-Réfléchir eu égard du rapport de l’IGAS à muscler l’offre pédiatrique voir à développer la néonatologie sur le modèle de l’hôpital de Chateaubriant réalisant le même nombre de naissance que nous.
La fermeture n’est pas une fatalité, malgré les difficultés, la maternité de Carhaix a pu trouver des solutions pour se pérenniser quoique plus petite qu’Ancenis (200-300 naissances) et pourtant le Finistère présente un taux de mortalité infantile très faible en 2024 (2.7/1000, soit très inférieur à la Loire Atlantique).
En résumé:
le rapport de l’IGAS dit avant tout que la politique de gestion des maternités est une question de choix engagés. Alors nous attendons des décisions et des engagements fermes de la part de l’ARS des Pays de Loire de notre Hôpital support : le CHU de Nantes.



